Après avoir étudié le premier Angry Birds dans notre troisième A Quoi On Joue, voyons comment Rovio a adapté la composante Free2Play dans leur nouvel opus Angry Birds 2 revenant au source de la Saga.

Angry bird s’offre un lifting free2play !

Adieu l’écran des niveaux et bonjour la progression sur une carte à la Candy Crush. Le joueur dispose de 5 vies qu’il récupère au rythme d’une toutes les 30 minutes après les avoir dépensées. Pour rappel, le principe d’Angry Birds est de détruire à l’aide d’oiseaux lancés avec un lance-pierre des constructions sur lesquelles sont placés des cochons. Un niveau est composé de plusieurs constructions. Les niveaux sont toujours pensés afin que chaque construction puisse être détruite avec un oiseau spécifique; chacun d’entre eux ayant des comportements différents. Le joueur dispose d’un nombre limité d’oiseaux par niveau, il sait donc rapidement s’il va réussir à terminer le niveau ou pas. Il peut ainsi décider d’abandonner le niveau dès le premier lancé échoué. Le stock de 5 vies se consomme très et trop rapidement. Si le joueur veut continuer à jouer, il peut dépenser de la hard currency.

Monétisation et publicité

La hard currency est le seul élément que le joueur peut acheter dans le shop. Il l’échange contre des bonus, des tirs supplémentaires ou des nouvelles vies. La monétisation d’achat in-game est ainsi très simple et un peu agressive (le joueur arrive rapidement au besoin de dépenser). L’ingéniosité de Rovio dans la monétisation est aussi d’avoir intégré très efficacement la publicité. Une publicité sous forme d’images est intégrée dans l’écran pause qui ne dérange pas la navigation et le jeu. A chaque sentiment de défaite, le joueur a la possibilité de regarder une vidéo pour récupérer une vie ou un tir supplémentaire. La publicité n’est pas intrusive car c’est le joueur qui décide de la lancer. Elle ne dénature ainsi pas l’expérience du joueur, bien au contraire puisque la publicité lui apporte un bénéfice. Seulement, à partir d’un certain temps de jeu, la publicité devient plus intrusive en apparaissant en fin de niveau et celle-ci se montre envahissante. Cependant, il faut bien gagner de l’argent avec une audience qui ne dépense pas.

Absence de mode alternatif

Même si le joueur ne dépense pas d’argent, la plupart des jeux Free2Play proposent des modes alternatifs de jeu lorsque le nombre de vie est épuisé pour retenir le joueur. Ces modes permettent de créer une profondeur de jeu et un sentiment de jouer même quand on ne joue pas (par les animations, des roues de la fortunes)… Angry Birds 2 est assez pauvre dans cette catégorie car il propose seulement un mode Arena correspondant à une compétition quotidienne. Chaque jour, le joueur est classé sur un niveau à l’intérieur d’une league. Selon son classement, il gagne des points pour améliorer qui lui permettent de passer dans une league supérieure. Hors, le joueur ne gagne pas de reward selon le type de league dans laquelle il est, il n’a pas de motivation à progresser et donc peu d’intérêt à jouer à ce mode de jeu.

Les personnages étant présentés sous forme de cartes, le jeu aurait pu en favoriser la collection (mécanique souvent employée) mais il n’en est rien. De même il n’y a pas de roue de la fortune pour remporter les gains (au lieu de recevoir directement les gains, le joueur pourrait gagner le droit de tourner une roue de la fortune). S’il y a clairement un manque de profondeur de jeu autour des niveaux, il y a aussi un réel bénéfice: focaliser le joueur sur l’action de jouer les niveaux sans superflus.

Le plaisir du jeu est-il toujours là?

Les niveaux sont vraiment magnifiques. Les développeurs de Rovio emploient le moteur de jeu le plus répandu (Unity) et ont réussi à le pousser techniquement et graphiquement. La direction artistique est aussi vraiment soignée. Dans les moments d’observation du jeu, le joueur a l’impression d’être au centre d’un dessin animé qui réagit à ses actions. La contre partie de cette prouesse graphique et technique est un temps de chargement assez long (en moyenne 10 secondes pour charger un niveau pour un iPhone 5S). Ceci est le revers de la médaille car tout le plaisir d’Angry Birds était dans l’échec du niveau et la possibilité rapide de le refaire (try and fail).
Rovio donne l’impression d’avoir essayé au maximum de détruire le plaisir de rejouer rapidement un niveau. Par le temps de chargement tout d’abord, le joueur sait qu’il devra attendre pour redémarrer.  Ensuite, le bouton réessayer qui était dans les premiers opus dans l’écran de jeu est maintenant basculé deux écrans plus loin. Il faut d’abord faire pause puis abandonner (en renforçant au passage le sentiment de déception avec ce wording) avant d’avoir le bouton réessayer.

Quel avenir pour Rovio?

Au  bout d’un mois d’exploitation, il est assez difficile de savoir si Rovio a connu un succès avec cette transition Free2Play. Pour notre part, nous trouvons que la mécanique Free2Play a cassé le plaisir premier que l’on avait. Le jeu est 70ème dans la catégorie Top Grossing US de l’Apple Store alors qu’il n’a fallu qu’une semaine au second jeu de SuperCell pour rentrer dans le top 10. En plus de cela, Rovio vient tout juste d’annoncer une nouvelle vague de licenciement touchant 40% de leurs équipes. Leur avenir se jouera certainement sur le film attendu pour l’été prochain.